
Comprendre le mécanisme
Qu’est-ce que le retrait litigieux ?
Le retrait litigieux est le mécanisme prévu par les articles 1699 et suivants du Code civil lorsqu’un droit litigieux a été cédé à un tiers.

Article 1699 du Code civil« Celui contre lequel on a cédé un droit litigieux peut s’en faire tenir quitte par le cessionnaire, en lui remboursant le prix réel de la cession avec les frais et loyaux coûts, et avec les intérêts à compter du jour où le cessionnaire a payé le prix de la cession à lui faite. »
Lorsque ses conditions sont réunies, le retrait litigieux permet donc au débiteur de se libérer envers le cessionnaire dans les conditions prévues par l’article 1699.
Le caractère litigieux
Qu’est-ce qu’un droit litigieux ?
Le retrait litigieux ne concerne pas toute dette vendue à un tiers. Le droit cédé doit avoir un caractère litigieux au sens du Code civil. La question du maintien de ce caractère peut notamment se poser lorsque la procédure se poursuit en appel.
Article 1700 du Code civil« La chose est censée litigieuse dès qu’il y a procès et contestation sur le fond du droit. »
Article 1701 du Code civil« La disposition portée en l’article 1699 cesse :
1° Dans le cas où la cession a été faite à un cohéritier ou copropriétaire du droit cédé ;
2° Lorsqu’elle a été faite à un créancier en paiement de ce qui lui est dû ;
3° Lorsqu’elle a été faite au possesseur de l’héritage sujet au droit litigieux. »
Des exceptions existentMême lorsqu’un droit est litigieux, le retrait prévu par l’article 1699 ne peut pas être exercé dans les trois situations expressément prévues par l’article 1701 du Code civil.
Ce que cela signifie concrètement
Le texte fait apparaître deux éléments : un procès et une contestation portant sur le fond du droit. Voir en détail quand une créance devient litigieuse au sens de l’article 1700.
Attention à ne pas en déduireLe seul fait qu’une dette soit impayée, qu’elle ait été contestée par courrier ou qu’elle ait été vendue à une société de recouvrement ne suffit pas, à lui seul, à répondre à la définition de l’article 1700.
Le prix
Le montant de ma dette et son prix de cession sont-ils la même chose ?
Non. C’est l’un des points essentiels pour comprendre le retrait litigieux.
Le montant que le créancier vous réclame et le prix qu’il a payé pour acquérir votre créance sont deux notions différentes. Comprendre comment rechercher le prix réel de cession d’une créance.
Ce que dit exactement l’article 1699« […] en lui remboursant le prix réel de la cession avec les frais et loyaux coûts, et avec les intérêts à compter du jour où le cessionnaire a payé le prix de la cession à lui faite. »
Ce que cela signifie concrètement
L’article 1699 ne prend donc pas comme référence le montant nominal de la créance. Il vise le prix réel de sa cession, auquel s’ajoutent les frais, loyaux coûts et intérêts prévus par le texte.
À retenir
Une créance de montant élevé peut avoir été achetée pour un prix très différent de la somme ensuite réclamée au débiteur.
La vente de nombreuses créances
Et si ma dette a été vendue avec des milliers d’autres ?
Le fait qu’une créance ait été incluse dans une vente portant sur un très grand nombre de dettes n’empêche pas, à lui seul, l’exercice du retrait litigieux. Voir en détail le cas des cessions en bloc et des portefeuilles de créances.
Ce que dit exactement la Cour« La cession en bloc d’un grand nombre de droits et créances ne fait pas obstacle à l’exercice du droit de retrait litigieux à l’égard d’une créance qui y est incluse, dès lors que la détermination de son prix est possible. »
Ce que cela signifie concrètement
La question essentielle n’est donc pas seulement de savoir combien de créances ont été vendues ensemble.
La question devient : peut-on déterminer le prix correspondant à votre créance ?
Attention à ne pas en déduireUne vente portant sur des milliers de créances ne donne pas automatiquement droit au retrait litigieux. La Cour précise expressément que la détermination du prix de la créance doit être possible.
La détermination du prix
Comment retrouver le prix réellement payé pour ma dette ?
Le prix individuel d’une créance n’est pas toujours indiqué directement dans les documents remis au débiteur.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’il est impossible à déterminer.
Ce que relève exactement la Cour« […] le conseiller de la mise en état a enjoint au FCT de produire la copie intégrale de l’acte de cession comportant la liste des créances désignées et individualisées, tous documents rendant compte de la valeur et des chances de recouvrement de ladite créance ainsi que tous éléments d’appréciation précis et concrets permettant à la cour d’appel de dire si le prix de la créance est déterminable. »
La Cour relève également, dans cette même affaire :
« […] le FCT aurait néanmoins pu aisément communiquer la somme totale des créances cédées sans violer le secret des affaires qu’il invoque pour justifier son abstention ni révéler l’identité des débiteurs. »
Ce que cela signifie concrètement
L’acte de cession, le prix global payé, la liste des créances, leur valeur, leurs chances de recouvrement ou d’autres éléments précis peuvent permettre au juge d’apprécier si le prix correspondant à une créance particulière peut être déterminé. La Cour de cassation précise que cette appréciation peut reposer sur des éléments précis et concrets produits par les parties, au besoin justifiés par des documents rendus anonymes.
La détermination du prix
Existe-t-il une seule méthode pour déterminer le prix d’une créance cédée ?
Non. La jurisprudence montre que plusieurs méthodes ou solutions peuvent être retenues selon les circonstances de l’affaire et les éléments soumis au juge.
Les décisions ci-dessous constituent des exemples de détermination du prix. Elles ne créent pas quatre barèmes applicables automatiquement.
1. Une moyenne calculée à partir du nombre de créances
Cour de cassation — 14 février 2024Dans cette affaire, les juges du fond avaient rapporté le prix total payé pour le portefeuille au nombre de créances cédées. La Cour de cassation a validé ce choix dans les circonstances du dossier, en rappelant qu’il relevait du pouvoir souverain d’appréciation des juges du fond de choisir la méthode la plus adaptée.
2. Un pourcentage proposé par le débiteur et retenu faute d’éléments contraires
Cour d’appel de Lyon — 15 février 2024Le premier juge avait retenu le prix proposé par la débitrice, correspondant à 5 % de la créance cédée. La cour d’appel a confirmé cette solution après avoir notamment constaté que le cessionnaire ne justifiait pas des éléments permettant d’établir un prix réel supérieur à celui ainsi retenu.
3. Un taux calculé à partir de la valeur nominale d’une catégorie de créances
Cour d’appel de Fort-de-France — 18 novembre 2025La cour a rapproché le prix d’achat du portefeuille de la valeur nominale faciale des 4 815 créances garanties. Elle en a déduit un taux de 15,43 %, qu’elle a ensuite appliqué à la valeur nominale de la créance litigieuse.
45 190 € × 15,43 %
4. Un prix symbolique retenu dans des circonstances particulières
Cour d’appel de Papeete — 22 juin 2023Le débiteur avait proposé un prix de 1 F CFP. La cour a relevé que le cessionnaire s’était abstenu de produire les éléments permettant de rechercher si le prix de cession était déterminable. Dans les circonstances propres à cette affaire, tenant également au caractère aléatoire de la cession et au risque de non-recouvrement constaté par la cour, elle a admis le prix proposé.
À retenir : il n’existe pas de formule automatiqueCes quatre décisions ne constituent pas quatre barèmes entre lesquels le débiteur pourrait librement choisir.
Elles montrent au contraire que la méthode de détermination du prix dépend des circonstances de la cession, des caractéristiques du portefeuille et surtout des éléments précis et concrets produits devant le juge.
L’absence de prix individuel dans l’acte de cession ne signifie donc pas, à elle seule, que le prix est impossible à déterminer.
En pratique
Comprendre le retrait litigieux en quelques mots
Il faut d’abord être en présence d’un droit litigieux au sens de l’article 1700.
Le retrait litigieux porte sur le prix réel de la cession, et non simplement sur le montant réclamé.
La vente de la dette avec de nombreuses autres créances n’empêche pas, à elle seule, le retrait litigieux.
Le prix peut être recherché à partir des éléments précis et concrets disponibles dans le dossier.
Sources principales
Code civil, article 1699Voir la source officielle
Légifrance.
Code civil, article 1700Voir la source officielle
Légifrance.
Cour de cassation, chambre commerciale, 14 février 2024, n° 22-19.801, publié au BulletinVoir la source officielle
ECLI:FR:CCASS:2024:CO00084.
Code civil, article 1701Voir la source officielle
Légifrance.
Cour d’appel de Papeete, 22 juin 2023, RG n° 21/00468Voir la source officielle
Judilibre.
Cour d’appel de Lyon, 15 février 2024, RG n° 22/07569Voir la source officielle
Judilibre.
Cour d’appel de Fort-de-France, 18 novembre 2025, RG n° 24/00250Voir la source officielle
Judilibre.
Information juridique générale.
Les extraits des textes et décisions sont distingués des explications proposées. L’application du retrait litigieux dépend des faits et de la procédure propres à chaque dossier.